La facon de joindre contemplation et meditation en utilisant ce texte est simple: Après chaque paragraphe, pour 1-3min., on contemple le sens. Au moment ou il n'y a plus de pensées, on reste relaxé dans ce calme.

 

Mahamudra Aspiration prayer

Aspiration du Mahamudra

 

Namo Gourou ! Lamas, divinités et déités des mandalas,
Bouddhas et bodhisattvas des trois temps et des dix directions,
Montrez-nous votre compassion et accordez votre bénédiction
Afin que les souhaits de nos prières soient ainsi exaucés !

 

La différence entre Sutra-Mahamudra et Mantra-Mahamudra est qu'on se développe plus vite avec ce dernier suite aux bénédictions du principe « guru »1.
C'est ainsi que pour commencer on demande tout le soutien possible de la lignée qui a comme focus le noyau, le coeur du sujet.

Cette bénediction et transmission est souvent comparée au passage de le recette de pain : On ne passe pas le pain museal qui était produit par le Bouddha il y a 2500 ans , mais la recette et le levain pour que l'expérience -seul cela compte- soit fraiche et personnelle.

 

Puissent les rivières de vertu,
Accumulées par moi-même et tous les êtres,
Non-polluées des trois facteurs,
Et issues des monts enneigés
De nos intentions et actions pures,
Rejoindre l’océan des quatre
corps des Victorieux !

 

« Vertu » concerne les deux accumulations (vertu et sagesse), substance de notre progrès spirituel. « Les trois facteurs » veut dire qu'ils sont libres d'une notion d'acteur, action et destinataire de l'action (par ex. générosité). Les 4 corps (Kayas) -ou dimensions- sont le résultat des accumulations de vertu et sagesse.

 

 

Les « Kayas » sont présents en chacun de nous :

  • Dharmakaya = essence vide de l'esprit (de concepts et de fabrications)
    Sambhogakaya = nature lumineuse et claire de l'esprit

  • Nirmanakaya = expression non-freinée, multitude d'apparences

  • Svabhavikakaya = unité des 3 précedemment cités

La vertu a comme résultat les Kayas de forme (Sambhogakaya et Nirmanakaya) et sagesse le Kaya sans forme (Dharmakaya).

Les enseignements du Mahamudra sont une explication du point de vue de l'éveil (qui est présent comme notre vraie nature, couvert par les impuritées passagères -nos habitudes, notre karma).

 

Dans cette vie et toutes nos vies futures,
Jusqu’à ce que nous atteignions l’état de Bouddha,
Puissions-nous ne jamais entendre
Les mots « mal » et « souffrance »
Et jouir de la gloire d’un océan de félicité et de vertu !

 

Alors si le « plan A » n'a pas marché jusqu'à maintenant, on aspire à ce que dans nos futures renaissances, le « plan B », nous ayons des conditions favorables pour avancer dans notre développement en pratiquant le Dharma.

 

Puissions-nous,
Dotés des libertés et richesses suprêmes,
De confiance, diligence et sagesse,
Suivre un excellent maître spirituel,
Et après avoir reçu ses instructions essentielles,
Les pratiquer correctement et sans rencontrer d’obstacles !
Et, durant toutes nos vies, pratiquer le pur Dharma !

 

C'est la « précieuse forme humaine ». à laquelle on aspire, notamment d'avoir les circonstances et caractéristiques nécessaires pour être capable de pratiquer.

 

L’écoute des textes et des raisonnements
Nous libère des voiles de l’ignorance.
La réflexion sur les instructions essentielles
Dissipe les ténèbres du doute.
La clarté issue de la méditation
Illumine la nature vraie, telle qu’elle est.
Puissent le rayonnement des trois sagesses s’accroître !

 

Le mécanisme des 3 voies de sagesse – les trois roues du Prajna :

  • Apprendre nous libère de l'gnorance la plus épaisse ;

  • Contempler enlève le doute ;

  • Méditer nous met dans l'éxpérimentation de la vraie nature au-delà de nos fabrications mentales et des traces subtiles.

 

Par la réalité du fondement -les deux vérités, libres des extrêmes d’éternalisme et de nihilisme,
Et la voie suprême, les deux accumulations, libres des extrêmes d’affirmation et de négation,
Est accompli le résultat, les deux bienfaits libres des extrêmes de l’existence et de la paix.
Puissions-nous nous connecter avec ce Dharma pur et infaillible !

 

Les 2 vérités sont la réalité relative et la réalité absolue. Eternalisme prend un phènomène comme existant (isolé, indépendant et permanent) et nihilisme nie l'existance. D'habitude, nous prenons nos apparences, (émotions, pensées) comme réelles, ce qu'elles ne sont pas et nous ne voyons pas la réalité absolue. Cela sont les 2 vues extrèmes.

Pour aller au-delà, il faut réaliser l'union de apparence-vacuité : les apparences sont vides (de nos idées sur elles) et leur vacuité n'est pas vide des qualités de la nature-Boudddha.

Les 2 accumulations -vertu et sagesse- au-delà d'exagération ou de négation (des qualités de la nature-Bouddha) mènent à l'accomplissement du bien des êtres (accumulation de vertu) et de soi-même (accumulation de sagesse), au-delà du cercle vicieux du samsara ou d'une paix type extinction : référence au samadhi de l'Arhat –le salut individuel, l'objectif du chemin du Hinayana.

 

La base de purification est l’esprit même, union de clarté et

de vacuité.
Puisse le moyen de purification, le grand Vajra-yoga du

Mahamoudra.
Purifier son objet, les impuretés passagères de la confusion.
Puisse le résultat de la purification, le Dharmakaya immaculé se manifester !

 

Ce vers est une description du chemin qui peut être comparé au lavage d'une chemise : pour arriver à une chemise propre, on ne se débarasse pas de la chemise. En fait ce qu'on lave ce n'est pas la chemise mais la saleté, les impuritées passagères qui bloquent notre réalisation de ce qui est fondamentalement notre vraie nature -compassion et sagesse, la nature-Bouddha.

Le processus du chemin est parfois comparé à quelqu'un qui, dans une piece sombre, prend une corde pour un serpent et dramatise la situation. Le maitre est comparé à celui qui lui montre qu'il s'agit juste d'une corde en utilisant un peu de lumière (démontrer la vraie nature).

 

Éliminer les conceptions concernant la base, c’est acquérir la certitude de la vue.
Maintenir cette certitude sans se laisser distraire est le point-clé de la méditation.
Maîtriser toute méditation est la conduite suprême.
Puissions-nous avoir confiance dans cette vue, méditation et conduite !

 

Cette vue du Mahamudra est en fait voir la vraie nature -comme voir la corde - ce qui élimine toutes surimpositions dramatiques en un instant.

Concernant la « base », les apparences : éliminer les conceptions, c'est reconnaitre l'infaillible interdépendance (une des définitions pour « vacuité »).
On parle aussi de l'inséparablité d'apparence et de vacuité.

 

Tous les phénomènes sont création magique de l’esprit.
L’esprit n’existe pas. L’esprit est vacuité en essence.
Vide et sans entraves, il peut se manifester sous toute forme.
Par une analyse excellente, tranchons la base et la racine.

 

Tous les phénomènes sont inséparables de la qualité lumineuse de l'esprit qui ne peut pas être trouvé et pourtant apparaît en manifestation spontanée où chaque pensée, émotion, mouvement se libère lui-même.

De percevoir la non existence de l'esprit comme une « négation non-implicative » (la vue rangtong) est la vue d'une vacuité morte. Tout serait gelé.

Dans la vue du shentong, les pollutions passagères qu'on prend d'habitude pour l'esprit sont non existentes. C'est cette absence de solidité qui rend possible le jeu lumineux de la vraie nature. Alors, ce qui existe c'est la nature lumineuse avec toutes ses qualités dans les manifestations infinies.

 

Nous prenons les projections manifestées d’elles-mêmes
pour des objets.
Par ignorance, nous confondons l'auto-apercu avec un soi.
Notre accrochement à cette dualit
é nous fait errer dans l'infini de l’existence.
Puissions-nous éradiquer l’ignorance et la confusion
!

 

Cette dualité est la racine d'ignorance. Dans un autre texte fameux le Karmapa explique la cause du “problème”: “Cet esprit est ignorant de lui même, et est agité par le mouvement mental formatif (suite à nos dispositions karmiques), comme l'eau agitée par de vagues.”

Projections” ne s''applique pas uniquement aux phénomènes extérieurs, mais aussi aux phénomènes observés dans notre esprit.

L'observateur est pris pour un “soi” séparé des phénomènes.


Il n'est pas existant : même les Bouddhas ne le voient pas.
Il n’est pas nonexistant : c’est la base du samsara et du nirvana .
Ceci n’est pas contradictoire : c’est la voie du milieu, celle de l'u
nion.
Puissions-nous réaliser la vraie nature de l’esprit, 
libre d'extrêmes !

Les deux vues semblent contradictoires : la vue du Madhyamaka focalise sur la négation de fabrications mentales. On utilise l'esprit dualiste pour le dépasser à l'aide de l'analyse logique des phénomènes.

Dans la vue du Mahamudra et du Shentong, on focalise directement sur la nature des phénomènes - union de luminosité-vacuité.


Aucun nom ne peut la décrire comme « étant ceci ».
Aucune réfutation
ne peut la prouver comme « n’étant pas cela ».
Puissions-nous acquérir la certitude que la vraie nature non composée

 

Transcende l’intellect et est la limite ultime !

 

 

 

Un koan du Zen dit: “Si je ne le cherche pas, il apparaît, quand je le cherche, il est introuvable” -et cela ressemble au discours de Milarepa avec le jeune berger qui lui offre son expérience de méditation.

L'esprit dualiste n'a pas d'accès à la nature lumineuse (nonduale). Tout ce qu'il peut dire est : “tais-toi” - le fameux “Mu” dans le Zen. L'épuisement de l'esprit rationnel est le truc pour l'expérience “ouverte, spacieuse et relaxée” (Indication de Khenpo Rinpoche).


Ne l’ayant pas compris, nous errons sans fin dans l’océan du samsara.
Quand ceci est réalisé, l’éveil n’est pas autre chose.
Tout est cela, et il n’y a rien qui ne le soit pas.
Puissions-nous réaliser la vraie nature, la nature authentique de la base de tous les phénomènes !

 

C'est l'instant de se dire: ”un moment !”- et reconnaitre la corde : ce qui correspond à la réalisation de l'union d'apparence-vacuité.

 

Les apparences sont esprit, et la vacuité est esprit.
La réalisation est l'esprit, de même que la confusion.
L'émérgence est esprit, et la cessation est esprit.
Puissions-nous éliminer toutes les superpositions concernant l’esprit

 

Même l'émergence de qualités et la cessation d'obscurcissement sont l'esprit. L'effort d'éliminer les superpositions, les fabrications mentales, est encore intention inutile. “Celui qui est le plus détendu est un bon méditant”.

Méditer sur … n'est certainement pas Mahamudra. Avoir “trouvé” quelque chose non plus. Rester dans la vraie nature sans fabrication, sans effort inclut que même pensées et emotions (reconnues) deviennent l'essence du Mahamudra - tout devient son expression - le “grand sceau”.


Sans détériorer notre méditation par un effort mental,
Sans être troublé par le mouvement des activités ordinaires,
Connaissant la façon de demeurer dans un état naturel non créé,
Puissions-nous maîtriser et maintenir notre pratique de la nature véritable de l’esprit !

 

Virupa2: si on s'engage mentalement dans n'importe quoi on n'est pas dans le Mahamudra.

 


Les vagues de pensées, grossières et subtiles, apaisées d’elles-mêmes,
La rivière paisible de l’esprit repose naturellement,
Débarrassé des fonds vaseux et boueux d'ébétude et de la torpeur.
Puisse l’océan du calme mental demeurer stable et tranquille !

 

Ceci est une description du shamata (rester en paix). “Rester” implique être calme et clair /vivace.

Si on veut calmer un étang, on ne va pas prendre un bateau et puis essayer de lisser les vagues avec la paguaie. Quand on essaye d'appliquer un “antidote”, c'est déja trop tard. “La méditation n'est pas un tranquilisant.”3


Lorsqu’on observe répétitivement l’esprit, il ne peut être vu.
La réalité impercevable est perçue vive telle qu’elle est.
En tranchant tous les doutes au sujet de ce qu’elle est ou n’est pas,
Puissions-nous infailliblement reconnaître notre propre visage !

 

Le calme clair du shamata est la base et condition pour la méditation du vipashyana (vue supérieure) - et c'est pour cela que shamata seul -présent dans beaucoup de traditions- ne libère pas d'ignorance et d'afflictions.
Dans le vipashyana du Mahamudra il y a une s
érie d'analyses et d'instructions d'évidence pour évoquer l'expérience de la vraie nature
.


Observant les objets, il n’y a pas d’objets, ils sont perçus comme l’esprit.
Observant l’esprit, il n’y a pas d’esprit, son essence est vacuité.
Observant les deux à la fois, la saisie dualiste se libère d’elle-même.
Puissions-nous réaliser la nature innée de l’esprit, la claire lumière

C'est abandonner la dualité que nous créons par habitude...


Libre des fabrications mentales, c’est le Mahamudra.
Libre des extrêmes, c’est la grande voie du milieu (Madhyamaka)
Puisqu’elle embrasse tout, c’est la grande perfection (Dzogchen)
Par la compréhension de l’Un, puissions-nous acquérir la certitude d’une réalisation totale !

 

Mahamudra, Dzogchen, grand Madhyamaka, Prajnaparamita… sont des synonymes pour la vraie nature.


La grande félicité, au-delà d'attachement, est sans fin.
La claire lumière, transcendant les caractéristiques, est libre de voiles.
L’absence de concepts transcende l’intellect et se manifeste spontanément.

 

Puissent nos expériences, sans effort, ne jamais cesser !

 

Félicité-vacuité ou claireté-vacuité se manifeste spontanément.


S'accrocher au “positif” et s'attacher aux expériences se libère de lui-même.
La confusion des pensées négatives sont naturellement pures dans l’espace.
Dans l’esprit ordinaire il n’y a rien à adopter ni à abandonner, pas de liberté ni objectif.
Puissions-nous réaliser la nature vraie, libre de fabrications !

Les êtres, par nature, sont des Bouddhas depuis toujours.
Mais ne l’ayant pas réalisé, ils errent sans fin dans le samsara.
Puissions-nous éprouver une compassion insupportable
Pour les êtres dont les souffrances n’ont pas de limites !

La compassion insoutenable s'exprime en un amour infatigable,
pendant que son essence de vacuité brille, pure et nue.
Puissions-nous ne jamais éloigner de cette voie de l’union, suprême et sans défaut,
Et rester nuit et jour, sans interruption, dans cette m
éditation !


Par le pouvoir de la méditation les visions divines et perceptions

supra-normales se manifestent,
Les êtres sont mûris l'expérience des royaumes des Bouddhas est parfaitement cultivée,
Les prières de souhait d’obtenir les qualités du Bouddha sont

accomplies .

Puissions-nous atteindre l’éveil la perfection du développement, de la pratique et l’accomplissement !

Par le pouvoir de la grande compassion des Bouddhas et

Bodhisattvas des dix directions
Et celui de toute vertu immaculée,
Puissent les prières de souhait complètement pures de moi et celles de tous les êtres s’accomplir parfaitement !

 

1 . Il y a quatre types de guru : 1 : qui est un personnage de la lignée (c'est à eux que l'on s'adresse ici) - 2 : les mots du Bouddha - 3 : apparence symbolique (que tous les phénomènes peuvent exprimer leur vraie nature) - 4 : le dharmata ultime (voir la vraie nature de son esprit démontrée par un maitre authentique est aussi un guru)

2 Virupa, un des 84 Mahasiddhas.

3 Explication de Chögyam Trungpa Rinpoche.